L'Oreille de Dauphine | Exotic Jazz
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Exotic Jazz

Vous l’aurez compris, à l’Oreille, le mois de Novembre est synonyme de Jazz.
Voici donc une petite compilation qui vous aidera à patienter jusqu’au prochain festival.
En attendant, laissez vous bercer en observant les feuilles tomber, profitez des derniers rayons de soleil qui réchauffent vos lobes et repensez à l’été sur ces sons ensoleillés.

Automnement- vôtre.

Petite histoire

Pour devenir un pro au trivial pursuit, voici quelques liens de morceaux dans leurs contextes

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Latin Jazz

Ce genre est très riche et varié, donc particulièrement intéressant pour commencer ce voyage auditif.

A la base du latin jazz, comme souvent se trouve un métissage musical produit de l’esclavage, puis des échanges entre différents pays, notamment Cuba et les Etats-Unis.

Le jazz débarque à Cuba dans les années 20, et la visite de Duke Ellington sur l’île en 1933 ne fait qu’amplifier le phénomène. Les percussions latines et de nouvelles harmonies sont incorporées dans le style de la Nouvelle Orléans, on assiste alors à la naissance du Latin Jazz, qui n’obtiendra sa dénomination qu’à partir des années 60, suite à la première utilisation de ce petit nom par le trompettiste portoricain Jerry Gonzales.

Le réel début du mouvement est incarné par la figure Mario Bauza. Celui-ci initie Dizzy Gillespie à la musique cubaine et crée avec son beau-frère Machito et Tito Puente le groupe « Machito And His Afro-Cuban », qui sort en 1941 un album incroyable, sobrement baptisé «1941».

Nous avons choisi ici de sélectionner un morceau un peu plus « récent » du groupe, « Congo Mulence »

Le Cubop, croisement entre jazz cubain et bebop, un des styles fondateurs du jazz, est symbolisé par sa liberté : l’improvisation est omniprésente, la grille harmonique large, ce qui donne des morceaux à la virtuosité impressionnante. Cette complexité stylistique, alliée à la simplicité joyeuse du latin jazz donne, comme dans ce morceau «Ghana» du grand Donald Byrd, un cocktail détonnant !

Jusqu’ici, nous nous sommes principalement intéressés à des morceaux assez anciens, mais le Latin Jazz est loin d’être mort, et comme pas mal de styles classiques mais indémodables, il revient sur le devant de la scène jazz, notamment par le biais de groupes de Jazz Fusion, comme Snarky Puppy.

Le génie aux manettes du groupe, Michael League. Ici, vous avez droit au génial « Tia Macao », un bon gros morceau (qui casse des bassins comme dirait l’autre) aux influences brésiliennes on ne peut plus marquées.

Enfin, pour conclure en beauté cette première partie de notre playlist, on vous présente cet OVNI inclassable de Joe Davolaz.

Derrière cet alias se cache un gang de suédois un peu locos, qui ont sortis deux singles beaucoup trop stylés, passant du Cha-Cha-Cha à la bossa nova, au rock psychédélique. Ce morceau, « Cha Cha André » est bouillonnant d’idées, parfaitement vintage, limite kitsch mais ce c’est qui fait son charme.

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L’Ethiopian Groove ou Ethiojazz

L’un des ingrédients majeur du succès de l’Ethiopian Groove, ou Ethiojazz, est la mixité improbable de ses sonorités. Il faudrait voir ce style musical comme un choc historique et sonore de cultures très diverses, trouvant son apogée dans les années 1960-70.

Le célèbre mélange de l’Ethiojazz prend ses racines à travers des ingrédients locaux tels que la musique traditionnelle azmari et la musique latino-africaine. A ces rythmiques répétitives dansantes de la corne ouest africaine, des ingrédients du monde entier vont venir s’ajouter à la recette.

En 1896, le Tsar Nicolas II offre à l’Empereur d’Ethiopie une fanfare et un chef d’orchestre polonais. Autre tournant en 1924, l’Empereur Hailé Sélassié, en voyage à Jérusalem est conquis par un orchestre d’orphelins arméniens rescapés du génocide, qu’il engage en tant que premier orchestre officiel. Viennent ensuite s’ajouter le Viennois Franz Zelimecker qui apporte les influences du jazz américain, et l’arménien Nersès Nalbandia qui modernise les orchestres officiels. Commence ainsi à fermenter toute cette culture du jazz dans la capitale éthiopienne.

Paradoxalement, cette frénésie créatrice se fait sous le contrôle d’un régime autoritaire adepte de la censure. Seul quatre groupes de musique officiels étaient autorisés à promouvoir leur création artistique : L’orchestre de la Grande Impériale, la Police Orchestra, L’Alem Girma Band et le Ras Hotel Band. Parmi ces groupes on retrouve déjà les plus grands noms de l’Ethiojazz, qui vivront un âge d’or de 1960 à 1975, tel que Telahoun Guèssèssè, Mahmoud Ahmed ou encore le maestro Mulatu Astatke. En outre, le soutien financier et politique de la compagnie Phillips Ethiopia favorise ce développement musical.

On commence par Hirut Beqele et le Police Orchestra, un très beau morceau venu tout droit de l’Addis-Abeba des années 1960 qui annonce la couleur d’un jazz virevoltant de plaisir et de fraicheur. Vient ensuite un son purement instrumental et déjanté que le maître Mulatu Astatke a concocté il y a 50 ans de cela. Sa maîtrise de l’instrument pourrait vous faire choir. Pour finir de décrire l’effervescence du swinging Abbis, je vous propose de vous pencher sur le « James Brown » local, Mahmoud Ahmed. Un groove funky jazz, saupoudré de paillette éthiopienne.

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Dès 1975, un tournant rapide et chaotique s’impose en Ethiopie, celui de la dictature du Derg. Le régime du Derg mis en place a détruit toutes les possibilités d’une quelconque créativité artistique. L’Ethiojazz s’éteint aussi vite qu’il est apparu.

L’âge d’or alors enterré, est pourtant remis au goût du jour à la fin des années 1990, grâce au label indépendant (et français) Buda Musique qui réédite sous l’impulsion de Francis Falceto les plus grandes voix de l’éthio-jazz avec la collection « Éthiopiques » permettant la redécouverte en Occident du genre. Le second extrait de celle-ci est lié au succès en 2004 aux États-Unis et dans le monde du film de Jim Jarmusch, Broken Flowers, où le personnage secondaire est un éthiopien fanatique de l’éthio-jazz des années 1970, avec notamment les succès du fameux Mulatu Astatke.

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Ce renouveau est assuré par quelques chanteurs de cette période encore actifs qui surfent sur une vague vintage, tel que Mahmoud Ahmed, et la reprise du style et des standards de l’éthio-jazz par de nouvelles formations américaines et européennes, telles que le Either/Orchestra (États-Unis), Imperial Tiger Orchestra (Suisse), et en France, Le Tigre (des platanes) – qui collabore depuis 2007 avec Eténèsh Wassié –, Akalé Wubé, uKanDanZ (avec le chanteur Asnaqé Guébréyès), Eth et Arat Kilo. On parle alors du Boomerang Ethiopien, entre passé impérial et renouveau impulsé par les musiciens occidentaux.

L’Afrobeat

L’afrobeat, Fela Kuti, ces noms résonnent peut-être en vous, vous disent vaguement quelque chose ou bien rien du tout.

Quoi qu’il en soit, ce genre musical inspiré du jazz, de la soul, du highlife et de musiques traditionnelles Yoruba a été diffusé mondialement grâce notamment à sa réappropriation par nombre de DJ qui ont samplé les motifs rythmiques de titres afrobeat (l’album Fela Soul en est en cela représentatif). Et c’est en partie de ce fait que l’afrobeat se voit souvent réduit à une musique qui permet de bouger son boule, et de suer drastiquement. Mais ce n’est évidemment pas que ça, alors l’Oreille va tenter répondre à la question qui brûle vos bouches et fait frétiller vos lobes : l’afrobeat, c’est quoi ?

Musique de contestation sociale et politique, l’afrobeat naît au début des années 1970 grâce au groupe Africa’70 et au concours de deux musiciens : Fela Kuti et le batteur Tony Allen, dans la plus grande ville du Nigeria, Lagos. Le Nigeria se relève à cette époque d’une guerre civile, la guerre du Biafra, où se sont affrontées les trois ethnies principales du Nigeria (les Yorubas, les Haoussas, et les Ibos), la reprise économique est rapide grâce aux ressources pétrolières. Mais les dictatures militaires se succèdent, et la fracture sociale s’élargit entre une élite politique corrompue qui détourne l’argent du pétrole, et une population en perte de repères face à la modernisation et à l’urbanisation du pays.

 Avec Fela Kuti, les exclus trouvent une voix pour porter leurs revendications au travers de la musique – Army Arrangement dénonce un scandale financier qui engage la junte au pouvoir – et bientôt de la politique, puisqu’en 1979 il créé son parti politique Movement Of the People. Jouant sur la superposition de motifs rythmiques au moyen de percussions, batterie, et basse et s’appuyant sur des cuivres puissants qui marquent la base mélodique, l’afrobeat est un terrain d’expérimentation pour les musiciens encore aujourd’hui. La scène afrobeat est aujourd’hui portée par les fils de Fela Kuti, Femi et Seun Kuti mais aussi par des musiciens de nombreux pays qui affirment leur filiation musicale avec Fela Kuti, comme les Brooklynois (oui, oui) de Antibalas.

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